L'effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) est un phénomène typique des villes qui se caractérise par des températures significativement plus élevées en milieu urbain que dans les zones rurales environnantes. Il est particulièrement perceptible la nuit, en période estivale, se traduisant éventuellement par des nuits tropicales à répétition. À Genève, par exemple, dans des conditions météorologiques de rayonnement à vent faible, la température nocturne moyenne dans le centre urbain est supérieure d'environ 3°C à celle de la zone rurale environnante. Dans l'hyper centre, l’effet d’îlot de chaleur atteindrait même 7,7°C. Cette surchauffe n’est pas sans conséquences sur la santé humaine. Si rien n’est fait, il est prévu que ces impacts augmentent sensiblement dans les années à venir du fait de la fréquence et de l’intensité accrues des vagues de chaleur.
Afin de minimiser la survenance et l’intensité de l’ICU et donc, indirectement, les impacts de ce phénomène sur la population genevoise, le milieu urbain doit être (re)pensé et (ré)aménagé. Plusieurs vecteurs de rafraîchissement sont envisageables selon les spécificités de chaque secteur ou projet. De manière générale, et lorsque cela est possible, les vecteurs naturels ou associés aux trames bleue, verte et brune sont à privilégier (e.g. extension de la surface de canopée, désimperméabilisation des sols, création ou rénovation de plans d’eau, valorisation de l'eau de pluie, optimisation des courants d’air, etc.). Ces vecteurs naturels sont en effet particulièrement efficaces sur le microclimat urbain. Ils génèrent par ailleurs de nombreux co-bénéfices, comme par exemple le renforcement de la biodiversité urbaine, l’amélioration de la qualité de vie ou la séquestration de carbone. Ces solutions fondées sur la nature constituent donc la première option à considérer dans la (re)conception de la ville de l’anthropocène. Elles doivent être réalisées conjointement avec des vecteurs de rafraîchissement artificiels ou associés à la trame grise, tant à l’échelle de la parcelle (choix des matériaux, effet albédo, etc. ; cf. fiche 4.4) que du quartier (morphologie urbaine bioclimatique ; cf. fiche 4.3).
L’État de Genève s’est engagé depuis plusieurs années dans la prévention et la lutte contre les ICU. Il a piloté notamment de 2019 à 2023 le projet Cool City, mené en partenariat avec l’HEPIA et l’UNIGE et grâce au soutien de la Confédération via son programme pilote d'Adaptation aux changements climatiques. Ce projet visait à identifier les mesures les mieux adaptées afin de réduire l'impact de la chaleur sur les usagères et usagers de l'espace public. Alliant théorie et pratique, il a permis la réalisation de plusieurs actions pilotes comme par exemple la requalification du cycle d’orientation du Sécheron ou la transformation expérimentale du parking Boissonnas. Depuis début 2023, les offices du Département du territoire concernés par les trames bleue, verte et brune se coordonnent au sein d'une plateforme dite du « triptyque Eau-Sol-Arbre » afin de faciliter l'implémentation de solutions fondées sur la nature.